La Raspberry Pi 5 est arrivée fin 2023 avec un argument simple : deux à trois fois la puissance de la Pi 4 pour un prix qui reste sous la barre des 100 euros. Depuis, la question revient sur tous les forums : peut-on vraiment jouer avec ? La réponse honnête tient en une phrase. Oui, et très bien, à condition de viser le bon catalogue.
Avant d’acheter une carte pour jouer, il faut donc savoir ce qu’on attend d’elle. Si l’objectif est de lancer les sorties PC de l’année, la Pi n’est pas la bonne machine, et mieux vaut d’abord vérifier ce que votre ordinateur actuel encaisse réellement sur un outil comme Quelle Config, qui estime les FPS jeu par jeu selon la carte graphique. Si l’objectif est de retrouver trente ans de consoles et de bornes dans une boîte de la taille d’une carte de crédit, alors la Pi 5 est probablement le meilleur achat du moment.

Ce que la Pi 5 change pour le jeu
Le cœur de la carte est un BCM2712, quatre cœurs Cortex-A76 à 2,4 GHz, épaulé par un GPU VideoCore VII. Sur le papier, cela n’a rien d’une carte gamer. En pratique, c’est le saut de génération qui fait passer de nombreux émulateurs du mode « ça tourne » au mode « ça tourne à pleine vitesse ». Les deux sorties micro-HDMI acceptent le 4K à 60 Hz, ce qui compte peu pour du pixel art mais beaucoup pour le confort sur un téléviseur de salon.
Deux détails pèsent plus que les chiffres bruts. Le premier est le connecteur PCIe, qui permet de brancher un SSD NVMe via un HAT : les temps de chargement des ISO lourdes deviennent négligeables par rapport à une carte microSD. Le second est la chauffe. Sous charge prolongée, la carte réduit sa fréquence sans ventilateur. Le refroidisseur actif officiel coûte quelques euros et n’est pas une option si l’on compte jouer plus de vingt minutes d’affilée.
L’émulation, le vrai terrain de jeu
Avec une distribution dédiée comme Batocera ou RetroPie, la Pi 5 couvre sans effort tout ce qui va de l’Atari 2600 à la PlayStation 1, la Nintendo 64 comprise, avec les filtres graphiques activés. Elle tient également la Dreamcast et la PSP à vitesse réelle sur la grande majorité des titres. Au-delà, GameCube et PlayStation 2 restent inégales : certains jeux passent, d’autres saccadent, et il faut accepter de trier sa ludothèque.
C’est aussi la carte idéale pour un projet de borne. Une Pi 5, une alimentation, un écran de 24 pouces et un kit joystick et boutons suffisent pour monter un bartop deux joueurs. Le plus long reste la menuiserie, et sur ce point il vaut mieux partir de cotes déjà calculées que d’improviser : le site retrocartouche.fr propose trois plans PDF gratuits, dont un bartop 24 pouces et un gabarit de perçage du panneau de commande à l’échelle 1, avec les entraxes de boutons et de joysticks déjà posés.

Et les jeux PC récents ?
Là, il faut être clair. La Pi 5 est une machine ARM sous Linux : les titres Windows récents ne s’y lancent pas nativement, et les couches de compatibilité comme Box64 associées à Wine permettent tout au plus de faire tourner de vieux jeux 2D ou des indés légers, souvent au prix de longues heures de réglages. Un jeu AAA de 2024 ou 2025 restera hors de portée, quelle que soit la quantité de mémoire choisie.
Le bon réflexe consiste à séparer les deux usages. La Pi 5 prend en charge tout le rétro, la borne et le salon ; le PC garde les productions modernes. Et pour savoir si ce PC a encore de la marge ou s’il est temps de changer de carte graphique, un comparateur de configurations donne une réponse plus fiable que les configurations minimales affichées sur les boutiques, qui sont souvent optimistes.
Le budget réaliste
Comptez la carte en version 4 Go, largement suffisante pour l’émulation, le refroidisseur actif, une alimentation officielle 27 W, une microSD rapide ou un SSD NVMe avec son HAT, et une manette. L’ensemble tient dans une enveloppe de 130 à 180 euros selon les options. Pour une borne complète, ajoutez l’écran, le kit arcade et le bois : on dépasse rarement 400 euros pour un bartop soigné, soit le prix d’une console d’occasion et de trois jeux.




